Limite nord du domaine hercynien occidental
Nature de la limite nord du domaine orogénique hercynien occidental (Meseta marocaine)
A Lakhloufi
Département de Géologie, ENS Rabat – Takaddoum ; BP : 5118
Klaklouf@yahoo.fr
Etat des connaissances
La zone paléozoïque de Rabat – Tiflet constitue la limite nord du domaine orogénique hercynien occidental (Michard, 1976 ; Piqué, 1979-1994) et elle correspond en même temps à la limite sud du Bloc calédonien des Sehoul (El Hassani, 1990). Cette zone constitue la marge nord du dit Bassin de sidi Bettache (Piqué, 1979) et serait jalonnée d’une formation chaotique à blocs attribuée au Famenno-Tournaisien (Padgett et al, 1977 ; Piqué, 1979-1994 ; Cailleux et al, 1984 ; El Hassani, 1990 et Izart, 1990). En tant que limite nord du domaine structural hercynien, les avis des auteurs divergent à propos de son identité et du rôle qu’elle a joué. Certains auteurs y voient une bande de terrains que découpent des couloirs de décrochements (Marquis Ch., 1951) dextres (Michard, 1976 ; Cailleux et al, 1984). D’autres l’identifient à une structure anticlinale dirigée E-W à WNW-ESE de vergence sud que délimitent deux failles directionnelles de tracé courbe de concavité tournée vers le nord. Cette attitude a été mise sur le compte du poinçonnement par le bloc calédonien des Sehoul qui aurait chevauché vers le sud (Piqué, 1979-1994 ; Diot, 1989 ; El Hassani, 1990). Par ailleurs, cette zone a été identifiée telle une zone de cisaillement par Cailleux et al (1984). Ces auteurs ont décrit une activité décrochante polyphasée qui aurait mobilisé d’abord des accidents ENE-WSW hérités puis des WNW-ESE néoformés. Ces derniers auraient occasionné un rejet cumulé de près de 30 km. Le caractère chevauchant vers le sud serait local, subordonné au coulissage dextre de la zone et son aspect arqué serait dû au jeu décrochant dextre des accidents WNW-ESE.
Précisons enfin que selon Padgett et al (1977) l’histoire hercynienne de la zone de Rabat-Tiflet se limiterait à une activité de failles normales qui auraient effondré la plate forme carbonatée du Dévonien et que fossiliseraient les dépôts du Carbonifère.
Nouvelles données
Les terrains d’âge famenno-dinantien du nord du domaine mesetien occidental ont fait l’objet de nouvelles investigations d’ordre structural (Lakhloufi, 1988-2002). Ces travaux basés sur la cartographie et l’analyse structurale à différentes échelles nous ont conduit à la mise en évidence d’un certain nombre d’événements tectoniques majeurs relatifs à l’ouverture des aires sédimentaires et à l’évolution structurale des régions étudiées et de l’ensemble du domaine hercynien marocain. La zone paléozoïque de Rabat-Tiflet est identifiée comme zone de cisaillement majeure au nord du domaine mesetien marocain : la Zone de Cisaillement Nord Mesetienne (ou North Mesetian Shear Zone). Les faits apportés ici sont d’ordre paléogéographique (fonctionnement de cette zone en tant que limite nord de l’aire sédimentaire) et d’ordre structural (fonctionnement en tant de la zone de cisaillement).
Les faits d’ordre paléogéographique sont :
+ l’absence de chaotique à blocs (attribuable au Famenno-Tournaisien) ;
+ les conglomérats qui jalonnent cette zone sont d’âge viséen moyen – viséen supérieur ;
+ la ride qui est armée de terrains calcaires d’âge dévonien qui limite la gouttière de Satour du côté méridional (Piqué, 1979 ; Izart, 1990 ; El Hassani, 1990) n’était pas individualisée dans la région de Rabat.
Les faits d’ordre structural (au fonctionnement en tant zone de cisaillement) :
+ le Bloc calédonien des Sehoul a chevauché vers le sud en deux temps distincts :
– lors d’événements tectoniques hercyniens précoces (d’âge breton) ou calédoniens tardifs
– postérieurement à la phase majeure de coulissage ayant tracé les traits structuraux majeurs de cette zone de cisaillement (cf. ci-dessous) ;
+ la zone de cisaillement a fait l’objet de quatre principaux événements tectoniques hercyniens post – viséens et un événement post – hercynien :
– plissement P1 synschisteux de vergence NNW conforme à une poussée rotationnelle antihoraire du Bloc des Zaer-Oulmès qui sous charrie vers le nord (Lakhloufi, 2000) ;
– coulissage dextre majeur (de faible composante inverse vers le nord) d’un rejet minimal de plus de 30 km responsable du découpage amygdalaire généralisé de terrains d’âge et de nature très variés (du Cambrien moyen au Viséen supérieur, roches magmatiques basiques et acides et roches sédimentaires variées) ;
– coulissage dextre à composante inverse de vergence SSW (localement intense) d’accidents WNW-ESE, néoformés, de rejet métrique à hectométrique
– reprise par du plissement P2 d’azimut NNW-SSE
– le dernier événement tectonique notable correspond à un réseau de fractures N150- N160 dextres et N30 – N40 sénestres (qui affectent l’ensemble du domaine mesetien occidental septentrional) que nous avions identifié comme étant d’âge syn à post Trias supérieur.
Précisons enfin que la courbure concave vers le nord du tracé de la Zone de Cisaillement Nord Mesetienne correspond à un héritage paléogéographique ; plusieurs faits corroborent cette nouvelle conception.
Faits d’ordre paléogéographique
– l’extension vers l’W de la gouttière de Satour s’arrête contre le segment WNW-ESE de la ZCNM qui représente de ce fait une direction héritée ;
– l’extension vers l’E du Bassin de sidi Bettache (s s) [de direction méridienne, d’âge famenno viséen inférieur] qui s’est ouvert à l’E du Môle côtier (Lakhloufi, 2002) s’arrête aussi contre la branche WNW-ESE de la ZCNM.
Faits d’ordre structural
– les deux couloirs de cisaillement de la ZCNM fusionnent en un seul du côté occidental (région de Rabat), à l’image de la paléogéographie au Viséen moyen – Viséen supérieur ;
– la concavité de la ZCNM vers le nord (vers le Bloc des Sehoul, poinçon présumé) est plus ouverte du côté interne (nord) que du côté externe (sud);
– la vergence des structures (plis P1, schistosité et cisaillements) vers le nord, notamment au niveau du Couloir de Cisaillement Méridional.
Références bibliographiques
Cailleux et al., 1984. -C. R. Acad. Sc. Paris, 299, série II, n°9, p.569 -572.
Diot H., 1989. -Thèse ès Sciences, Univ. Toulouse, 182p.
El Hassani A., 1990. –Thèse ès Sciences, Univ. L. Pasteur, Strasbourg, 208p.
Izart A., 1990. – Thèse ès Sciences, Univ. Dijon, 356p.
Lakhloufi A., 1988. –Thèse de 3ème cycle, ENS. Rabat – Takaddoum, 281p.
Lakhloufi A. et al. 2000. –Geogaceta, 28
Lakhloufi A.., 2002. –Thèse ès Sciences, Univ. Mohamed V, Rabat, 523p.
Marquis Ch. in Dardel R. et al. 1951 ; – Carte géologique Khemisset Nord au 100.000ème. Soc. Chérif. des Pétroles
Michard A., 1976. –Notes et Mém. Serv. Géol. Maroc, 252, 408p.
Padgett et al., 1977. –J. Sedim. Petrol., 47, pp: 811-818.
Piqué A., 1979. –Thèse ès Sciences, Univ. L. Pasteur. Strasbourg, 253p.
Piqué A., 1994. –géologie du Maroc. Ed. pumag. 293p.
